Interview de pro : Arnaud fondateur des Ateliers Tersi et Marie Desplechin


Quand on commence à s'intéresser à entrepreneuriat et au made in France, c'est tout un monde qui s'ouvre à soi. Arnaud a été l'un des premiers entrepreneurs de la mode avec qui j'ai communiqué. Je me rappelle bien de sa vidéo qui présentait son concept. Je le trouvais audacieux et un peu fou. Fort de plusieurs prix et de deux collections qui ont fait parler d'elle dans la presse, il nous parle avec passion de son entreprise.

Bonjour Arnaud, est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Bonjour Laetitia, je suis un jeune entrepreneur français de 24 ans. Toulousain d'origine, je viens à présent à Paris une semaine sur deux pour rencontrer les artistes, la presse et échanger avec l'écosystème des startups françaises.

Les chaussures, c’est une histoire de famille. Comment avez-vous pris la décision de suivre les pas de votre grand-père ?
Oui en effet, mon grand-père gérait l'entreprise familiale MYMA fondée en 1934. À la base j'étais simplement passionné de souliers pour hommes, féru de belles peausseries, et amateur insatiable de livres et échanges sur ce monde là. Et petit à petit, le fait de douter de vouloir rentrer dans une très grande entreprise à la fin de mes études, de me poser la question de l'entrepreneuriat et de me replonger dans cette saga familiale, a contribué à faire naitre le concept Ateliers Tersi.


Votre business repose sur un concept très fort. Dites-moi si je me trompe mais j’ai l’impression que les entrepreneurs actuels de la mode sont obligés d’avoir un concept hyper sectorisant pour pouvoir exister légitimement ?
Ce constat est très juste : beaucoup de projets mode actuellement se positionnent sur des concepts très étudiés avec des messages percutants et une belle image. Mais je ne suis pas d'accord sur la raison. Ce n'est pas pour exister légitimement que nous faisons cela. C'est tout simplement pour se positionner vis à vis de métiers sclérosés depuis des années, où aucune évolution n'a eu lieu depuis des décennies.
C'est simple, dans la chaussure en France, en 30 ans, c'est 90% des emplois qui ont disparu. Du coup, tous les acteurs du marchés ont stoppé net leurs innovations, leur proposition de valeur innovante. On se retrouve donc avec des secteurs d'activité inertes et peu enclins à répondre à notre jeune génération en quête de sens.


Justement, votre idée à vous, c’est de créer des chaussures avec l’aide de personnalités ne venant pas de la mode. Comment vous est venue cette idée-là ? Comment avez-vous choisi vos personnalités avec qui vous collaborez ?
On est partis de simples questions : l'inspiration artistique peut-elle être cloisonnée ? Seul un styliste chaussure peut créer des souliers ? Pourquoi ne comprenons-nous pas toute la démarche de l'artiste lorsque nous observons cette œuvre ?
Ce sont ces questions là auxquelles nous étions confrontés qui ont permis au concept Ateliers Tersi d'émerger.
Pour les personnalités, nous échangeons avec notre entourage sur ce qui les personnalités qui les inspire. Ensuite dès que des noms reviennent plusieurs fois, nous tentons d'entrer en contact avec l'artiste. La plupart du temps au culot. Et cela marche !


A près de 6 mois d’activité et 2 collaborations, quel 1er bilan dressez-vous ?
Nous sommes à 4 mois et demi d'activité actuellement, en pleine seconde collection. Faire le constat de ce début d'aventure, ce serait de parler de la richesse culturelle que nous rencontrons : aller au contact d'écrivains, designers, architectes, acteurs, musiciens, les suivre durant plusieurs semaines, échanger, confronter nos idées… C'est une expérience hors du commun.
Et puis échanger avec nos artisans chaque jours, les rencontrer, soutenir des emplois en France, c'est aussi donner du sens et prouver qu'en France beaucoup de choses sont encore possibles !


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Marie Desplechin, vous êtes auteur et journaliste et vous voilà créatrice d’une petite collection de chaussures. Qu’est-ce qui vous a motivé à accepter la proposition des Ateliers Tersi ?
J’étais sensible au fait qu’Arnaud soit si jeune, qu’il crée une entreprise, qu’il s’adresse directement et simplement aux gens… Et puis c’était une idée très amusante de participer à la création d’une petite collection de chaussures. Je ne l’avais jamais fait, c’était comme un cadeau.


Quelles sont les ressemblances et les différences dans le processus créatif d’un roman et d’une paire de chaussures ?
Ce qui se ressemble, c’est l’idée qu’on fabrique quelque chose et qu’on le présente à des gens en espérant qu’ils en auront envie et qu’ils s’y attacheront. D’une manière et d’une autre, on travaille de manière artisanale, en faisant confiance à ses idées et en restant maître de sa méthode. Ensuite, bien sûr, tout très différent, le matériau, la mise en jeu de soi, le temps de création, l’indépendance vis à vis de la fabrication proprement dite…


Vos bottines sont inspirées de la Comtesse de Ségur. Pourquoi avoir porté votre choix sur cette personne ?Je travaillais à un texte sur sa vie quand Arnaud m’a proposé de collaborer avec lui. Il m’avait demandé de m’inspirer de mon environnement, et mon environnement à ce moment là, c’était elle. Par ailleurs, j’écris beaucoup pour les enfants. J’étais donc très fidèle à moi en pensant à elle.


Comment s’est passée votre collaboration ?
Arnaud m’a envoyé un mail, et nous nous sommes rencontrés dans un café près de chez moi. Ensuite, j’ai cherché des images que je voulais partager avec lui. Nous nous sommes revus avec lui et la styliste, en avançant progressivement. D’une part, il y avait les idées que je pouvais avoir, et d’autre part leur savoir technique et professionnel. Enfin, j’ai rencontré l’équipe qui s’est occupée de la communication et du site. C’était à la fois très agréable et très sympathique.


Et pour finir, quand vous écrivez un roman et que vous définissez vos personnages, est-ce que vous vous attachez à définir leur style vestimentaire ?
Pas vraiment, à moins que les éléments vestimentaires définissent le caractère du personnage d’une façon que les dialogues ou les situations ne pourraient pas faire. Une jeune femme évaporée qui porte des couettes, une grand-mère sorcière qui a une robe en velours rouge… Mais en général, je décris très peu mes personnages physiquement. Je préfère laisser les lecteurs les imaginer au gré de ce qu’ils disent et de ce qu’ils vivent.

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