Interview de pro : Géraldine Dormoy



C'est enfin le retour du printemps des interviews ! Et pas des moindres puisque c'est Géraldine Dormoy qui se prête au jeu. Et comment vous dire... je suis trop fière ! :) Au fur et à mesure que j'écrivais les questions, je me suis aperçue que Géraldine est l'une des blogueuses que je suis depuis que j'ai découvert la blogosphère... Autant dire, il y a longtemps ! A cette époque, j'étais étudiante en littérature française et son blog était une bulle d'oxygène (et de rêve aussi). La mode était un domaine qui m'attirait mais je ne savais même pas qu'il existait des cursus scolaires axés "business". Son blog m'a permis de réaliser que ça n'était pas futile d'aimer la mode et ça m'a donné l'aplomb pour tenter ma chance dans cette voie. Je profite donc de cet article pour te dire un grand merci Géraldine !

Bonjour Géraldine, est-ce que tu peux te présenter ? 
Je m'appelle Géraldine Dormoy, j'ai presque 38 ans. Je suis mariée, j'ai un petit garçon de deux ans et demi. Je suis la responsable éditoriale Web de L'Express Styles. J'ai aussi un blog, Café Mode, que je tiens depuis huit ans.

Tu es une ancienne élève de l’IFM ; que retiens-tu de tes études dans cette école ?
J'ai adoré mon année à l'IFM. J'ai tout aimé là-bas: les élèves (plusieurs sont devenues des amies proches), les profs, les intervenants, l'atmosphère. Ca tenait sûrement au fait que c'est une école que je voulais faire depuis longtemps, sur laquelle j'avais beaucoup fantasmé, et qui ne m'a pas déçue. Elle a été fondamentale pour ma culture mode, mais plus généralement pour mon assurance: jusque là, j'étais passionnée de fringues, mais je ne me sentais pas très légitime à en parler. L'IFM a simplifié les choses, tant cette école fait autorité dans le milieu. Il y règne une ambiance particulière, qui tient à la disparité des élèves. On vient d'horizons divers, mais on a tous la mode en commun. Moi qui viens d'un monde très éloigné de ce secteur, je n'avais jamais connu ça avant. En même temps, le rythme est très soutenu, un peu comme une prépa, mais bien meilleur pour le moral !

Si je ne me trompe pas, c’est  lorsque tu étais étudiante en Master Marketing de la Mode que tu as décidé de lancer ton blog. Y a-t-il une différence entre la blogosphère que tu as intégrée et celle dans laquelle nous gravitons aujourd’hui ? 
J'ai créé mon blog quelques semaines avant d'intégrer l'IFM. A l'époque, en 2005, les choses étaient radicalement différentes. Le terme même de blog n'était pas encore très répandu auprès du grand public. Il n'y avait pas de blogosphère féminine, juste quelques journaux en ligne sans prétention. Deedee a été la première à émerger dans ce petit milieu. Le rapport au marques n'avait rien à voir: elles nous ignoraient complètement. Et puis on a commencé à être lues, la presse a parlé de nous (il était alors bien plus facile de se faire un nom) et progressivement tout s'est emballé. Quand je suis sortie de l'IFM, alors que mes camarades de promo cherchaient des postes d'acheteur et de chef de produit, je me suis lancée à corps perdu dans la rédaction de mon blog. Je n'avais pas la moindre idée de où tout ça allait me mener vu qu'à l'époque, aucune blogueuse ne vivait encore de ça, mais je sentais qu'il se passait quelque chose d'important.

Pour toi, est-il indispensable d’avoir une formation en mode pour travailler dans ce milieu ?
Il est toujours préférable de savoir de quoi on parle, quel que soit le milieu dans lequel on a envie de bosser. Donc une formation en mode, pourquoi pas, mais pas n'importe laquelle non plus. Dans les secteurs à paillettes, les écoles attrape-nigaud sont courantes. Elles coûtent cher, mais ne mènent pas forcément à ce qu'elles promettent.
Crédit photo : Géraldine Dormoy

Je me souviens des débuts de ton blog et notamment de tes photos de streetstyle (j’ai encore en tête l’histoire que tu avais raconté à propos de ta quête de manteau chaud pour ne pas geler lorsque tu prenais des photos !). Pourquoi tu n’en fais plus ? 
Parce que l'évolution du secteur ne me le permet plus. J'ai commencé au tout début du phénomène streetstyle. Les premières années, on était très peu de photographes à la sortie des shows. Les invitées prenaient le temps de s'arrêter car elles étaient flattées. J'ai appris la photographie au Jardin des Tuileries! Et puis le streetstyle a eu tellement de succès qu'il a aiguisé les appétits. Des centaines de photographes ont débarqué, dont beaucoup de très bons et de très pugnaces. J'ai plusieurs fois manqué de me faire renverser par une voiture à la sortie d'un défilé, on se fait vraiment beaucoup bousculer. Moi qui avais toujours fait ça en plus de l'écriture, j'ai senti qu'il était temps de choisir. Je l'ai fait la mort dans l'âme. Heureusement, je me réserve encore quelques respirations streetstyle. Par exemple, cette année, je vais au Festival de Hyères, et je compte bien en rapporter quelques clichés.

Grâce à ton blog, tu as acquis une certaine reconnaissance. Comment le vis-tu ? 
J'ai souvent constaté que les blogueuses étaient des filles qui avaient tendance à manquer d'assurance, et que leur blog les avaient aidées à en trouver. Ce fut mon cas au début. Les lectrices sont d'un énorme soutien, elles vous portent. En tout cas moi, elles m'ont beaucoup portée, et elles continuent à le faire. Après, il y a la reconnaissance professionnelle, des gens du milieu. C'est très appréciable. C'est ce qui m'a permis d'entrer à la rédaction Web de L'Express, ce qui n'est pas rien quand on n'a ni formation ni expérience de journaliste. Mais ça reste éphémère. Des blogs mode, il s'en ouvre tous les jours. Autant dire que si vous ne vous bougez pas les fesses, on aura tôt fait de vous oublier. Heureusement, j'aime l'émulation.

Es-tu d’accord avec Isabelle Chazot, lorsqu’elle dit « La blogueuse a une démarche autocentrée.C’est une lectrice devenue prescriptrice. Rien à voir avec un journal qui puise sa sève dans le travail collectif, la découverte de talents,une relation intimiste avec son lecteur… »
Isabelle Chazot a dit beaucoup de choses très vraies, mais elle je ne la suis pas dans cette réflexion-là. Pour la simple raison qu'aujourd'hui, il y a trop de blogueuses pour que l'on continue à les mettre toutes dans le même sac. Les blogs, c'est comme la presse, un grand groupe disparate avec à l'intérieur plein d'entités qui n'ont parfois rien à voir les unes avec les autres. Qui oserait comparer Le Monde à Nous deux? Au delà de ça, certaines blogueuses me semblent bien plus sensibles aux nouveaux talents que certaines journalistes.

Je crois me souvenir que tu conseillais à des élèves journalistes d’avoir une présence sur les réseaux sociaux dès l’école. Ne penses-tu pas qu’il risque d’y avoir des dérives de la part des employeurs en recrutant des personnes ayant déjà de l’influence plutôt qu’un réel talent ? 
Si on a de l'influence, c'est qu'on a du talent. Il faut savoir faire confiance aux internautes. S'ils plébiscitent quelqu'un, c'est que cette personne a quelque chose que les autres n'ont pas. Après, je ne dis pas que c'est un talent forcément journalistique, mais qui s'en soucie? Moi, je préfère raisonner en termes de personal branding. Aujourd'hui, il y a tant de journalistes que les nouveaux venus ont intérêt à savoir se distinguer très tôt. Et ça ne sera pas forcément en écrivant des articles de presse.

Avant d’être responsable éditoriale web pour L’Express Styles, tu étais au service marketing de l’Express.  As-tu gardé certaines habitudes que tu appliques à la rédaction ? 
Ma formation en école de commerce me permet d'avoir une approche business d'un site Web. Je vois l'aspect édito, c'est ce qui passe avant tout le reste pour moi, mais je ne me limite pas à ça. Je suis sensible au travail des autres services, audience et pub notamment.

On finit bientôt le 1er trimestre 2014… c’est un peu tard pour te souhaiter une belle année alors, tu peux nous parler de tes projets pour la suite ?
Je suis plutôt du genre monomaniaque. Depuis que j'ai été nommée responsable éditoriale, ma mission est de développer Lexpress.fr Styles. Le site cartonne et ça me procure beaucoup de satisfaction, mais j'ai l'impression d'avoir encore pas mal de choses à apprendre là où je suis. Donc en 2014, Styles reste ma priorité! Sur le blog, j'ai envie de lancer un nouveau rendez-vous, tu en sauras plus bientôt. Et puis il y a notre collectif qui prend forme: Les particules complémentaires. Neuf blogueuses pros de la mode et de la beauté, qui se réunissent régulièrement pour échanger et partager un bon moment. L'énergie de nos rendez-vous m'impressionne. A leurs côtés, je ressens la même excitation qu'au début de mon blog. Affaire à suivre!

Et je profite aussi de l'occasion pour souhaiter un bel anniversaire à Géraldine !


6 commentaires:

  1. Merci Laetitia pour cette belle interview, très intéressante :-)

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    1. Merci ! J'aime beaucoup les réponses de Géraldine !

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  2. Merci pour cette excellente interview ! D'autant que le blog de Géraldine fait partie de mes lectures préférées depuis des années !

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    1. Merci Manal ! Comme toi, Géraldine fait partie de mes plus anciennes connaissances virtuelles ! :)

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  3. Je partage l'avis de Géraldine sur la blogosphère. J'aime aussi son avis sur l'IFM. Tant d'anciens élèves d'écoles prestigieuses ont tendance à répondre lors d'interview que leur école ne "leur a rien appris" que ici la sincérité de Géraldine est pleine de promesses pour de futurs étudiants.

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