Interview de pro : Cécile Sepulchre, journaliste de mode et auteur


Au détour d'une page web, mon œil est attiré par la couverture noire et rouge d'un livre. Le titre, Le défilé des Vanités me fait sourire; quant au sous-titre, la mode sens dessus dessous, il me fait saliver. Sans réfléchir plus longtemps, je clique sur Amazon et je l'achète. Le lendemain matin, le postier sonne à ma porte, mon colis en main. Aussitôt reçu, aussitôt lu. Pour qui suit l'actualité de la mode, ce roman se lira comme un jeu de piste dont le but serait de reconnaître des événements et personnages réels. Pour les non-initiés, cet ouvrage est un bon moyen pour s'immiscer dans les coulisses d'un univers de tous les fantasmes : le journalisme de mode.
Le livre se bouquine comme on déguste un bonbon Tête brûlée : il a bon goût, il pique un peu... l'idéal pour une récréation !
Lorsque j'ai eu fini de le lire, je n'avais qu'une seule envie : pouvoir bavarder avec l'auteure, Cécile Sepulchre. À défaut d'une conversation réelle, je vous livre ici notre discussion virtuelle !

Bonjour Cécile, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour Laetitia. J'ai exercé ce métier un peu fou de rédactrice en chef  pendant de nombreuses années et dans différents titres mode, notamment à l'Officiel. Dans le luxe donc, un secteur particulièrement fermé. Auparavant j'étais au Journal du textile (professionnel) ce qui m'a permis de pénétrer au coeur de la mode. C'est une combinaison d'expériences assez rare.

Vous avez écrit un livre sur les dessous d'une rédaction de mode. Avez-vous le sentiment d'avoir un peu forcé le trait ou au contraire l'avoir affaibli pour que cela ne semble pas irréel aux lectrices qui ne connaissent rien aux coulisses de la mode ?
Le roman est introduit par cette phrase : "En vérité c'est pire". J'ai préféré taire certaines expériences trop trash ou touchant au domaine privé. Tous les magazines ne sont pas aussi luxe, ni aussi fous que Luxe addict. La réalité est une valeur mouvante. Mais pour l'instant, tous les échos, venant  des rédactrices en chef comme des  stagiaires,  saluent la justesse du portrait dressé. Je crois qu'aucune rédactrice en chef  ne s'y était vraiment risqué jusqu'à présent.

J'imagine que la rédaction d'un roman est complètement différente que celle d'un reportage : ce doit être enivrant pour une journaliste de ne pas s'en tenir à des choses factuelles... pouvez-vous nous en dire plus sur le processus d'écriture de votre roman ?
C'est amusant et difficile. J'avais le scénario en tête, sa fin et sa trame dès le début. Ensuite je n'ai fait que nourrir l'histoire d'anecdotes entendues dans les défilés sur lesquelles j'ai pris des notes pendant 15 ans.  Le roman offre une liberté enivrante, pour qui a l'habitude de se limiter aux faits vérifiés. Il permet de faire comprendre les situations des uns et des autres et de jouer sur le loufoque. De pousser au bout certaines logiques actuelles, notamment dans le jeu des apparences, en démontrant qu'elles conduisent à impasses, tout en restant léger.

Dans votre livre, vous dénoncez certaines pratiques comme le consulting et le pouvoir toujours plus grand des annonceurs : pensez-vous que le milieu est en train d'évoluer à ce sujet ?
Il y a eu des mesures prises pour limiter les pratiques de consulting à haut niveau. Mais cela demeure une activité incroyablement rémunératrice avec des règles floues. Pour le reste, rien n'est simple, surtout en période de crise.

D'ailleurs, vous avez commencé votre carrière au début des années 80, vous avez donc connu le milieu de la mode sans les grands groupes tels que LVMH ou Kering. Avez-vous l'impression qu'ils ont modifié le paysage mode en général et celui du journalisme en particulier ?
 J'ai connu une époque où il y avait plus de pages pour lancer les jeunes talents. Cette activité est désormais surtout réservée aux chasseurs de têtes des grands groupes. La presse a perdu un peu de son pouvoir. Mais j'ai aussi connu une époque où la mode française craignait de perdre sa place dans la compétition internationale. Il est important que nous ayons des groupes puissants pour maintenir l'épicentre de la mode à Paris. Ils créent beaucoup d'emplois.

Le journalisme de mode tel que vous le décrivez semble plutôt âpre sous ses apparences légères, qu'est-ce qui vous plait le plus, cependant, dans ce type de journalisme ?
C'est un métier très compétitif et drôle car les carrières se font parfois sur des critères irrationnels. Cela laisse une chance à tous et donne des résultats parfois désespérants ou très amusants. Les gens sont un peu déconnectés de la réalité et le stress pousse parfois à avoir des réactions souvent hilarantes. Donc on ne s'ennuie jamais. 
Je trouve aussi passionnant ce métier qui s'appuie sur la création autant que sur la rationalité. Travailler dans le beau, enfin,  reste un privilège. 

L'univers de la presse professionnelle est-il différent de la presse luxe voire grand public ?
Très différent. La presse luxe s'intéresse plus aux bulles du champagne qu'à sa fabrication. C'est aussi un univers glamour dans lequel peu de journalistes de la presse grand public sont conviées. Les élues y côtoient les stars et ont parfois des vie de star. Dans la presse professionnelle, on suit tous les processus de création et de fabrication, en analysant les stratégies et les évolutions des tendances du fil au vêtement fini, et de la naissance des courants ultra pointu jusqu'à leur apothéose dans le mass market. C'est passionnant aussi.

Après avoir été été rédactrice-en-chef de plusieurs titres phares dans la mode, vous avez décidé de redevenir journaliste free-lance : quelles sont les points positifs à cela et qu'est-ce qui vous manque le plus de votre ancienne position ?
Le pouvoir peut être une drogue car il vous donne l'illusion d'être aimé plus que de raison.  Je ne pense pas en avoir été dupe et conserve de nombreuses complicités dans ce milieu. Ces positions permettent surtout des rencontres intéressantes et sont un magnifique moyen d'observation et d'action. Mais la liberté est aussi un luxe.

C'est assez frappant dans votre roman de voir que les personnes à haute-responsabilité semblent ignorer l'importance du Net. Vous avez géré un site web pointu pendant plusieurs années : quel est votre rapport avec ce média qu'est Internet ?
Ceux qui ont le pouvoir sont plus âgés et souvent moins familiers du web, comme partout. Lorsque j'étais rédactrice en chef de Prestigium.com (qui est devenu alors le fournisseur de contenu mode du Monde.fr) j'ai vécu  un échange vivifiant de savoirs avec une équipe très jeune. Il y avait une recherche constante de nouveaux modèles et j'ai pu apprécier le travail et la puissance des blogs. La lutte pour lancer les scoops très rapidement est très excitante. Inquiétante aussi car cette compétition risque de s'accélérer aux dépens des réflexes professionnels, et donc de la quête de vérité. 

Avez-vous prévu de reprendre les aventures de ces jeunes femmes de la mode ? Où pourra-t-on vous retrouver en 2014 ? 
Pour l'instant je vadrouille avec bonheur dans divers reportages. Certains personnages du roman pourraient aussi ne pas avoir dit leur dernier mot. Qui sait ? 

Merci beaucoup Cécile d'avoir accepté ma proposition !

Pour vous procurer le roman (parfait cadeau de Noël, soit dit en passant) sur Amazon, cliquez sur le lien : Le défilé des Vanités



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4 commentaires:

  1. Très intéressant, merci pour cette interview "backstage" ;) !

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    1. Ravie qu'elle te plaise Pauline ! Les backstages, c'est vraiment ce que je préfère ! :)

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  2. J'ai mis ce livre dans ma liste de Noël tu penses! Avec celui de Marie-Dominique Lelièvre. (afin d'éviter tout cadeau "ringard", je préfère briefer ma famille sur ce que je veux. À la lumière de cet interview, j'ai encore plus hâte de le lire! L'illustration de la couv' est superbe. Je me demande si ce n'est pas ma talentueuse copine Aurore de La Morinerie.

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    1. Et si, c'est bien ton amie Aurore de La Morinerie qui est l'illustratrice ! ;)

      Je pense que ce livre va te rappeler des tranches de vie de mode parisienne !

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Je vous laisse la parole !

Merci à vous de prendre le temps de me laisser un commentaire ! :)