Les nouvelles marques de mode sont-elles lancées par des marketeux ?



Hier, alors que je discutais avec Isabelle Gleize, la directrice du Village des Créateurs*, elle m'a fait remarquer que de plus en plus de jeunes sortant d'école de commerce souhaitent lancer leur marque et frappent à la porte de cette pépinière d'entreprises spécialisée dans la création qu'est le VdC*. Phénomène intéressant car plutôt récent finalement. Mais alors, qu'est-ce qui peut les pousser dans cette voie-là ?
Tout d'abord, j'ai l'impression que l'on est passé de la "créativité avant tout" au "marketing avant tout". Comme si la mode était devenue un concept. Mais un concept est-il viable saison après saison ? Est-ce qu'un concept est un ADN suffisant pour une marque ? 

Je n'ai pas de réponse à l'heure actuelle. (enfin, je tendrais plus vers le non, mais je peux être convaincue du contraire avec une bonne explication!)
Intéressons-nous plutôt à savoir ce qui peux pousser les jeunes pros du marketing à lancer leur marque sans rien connaître des aspects techniques de la mode.

Je pense tout d'abord que le sentiment que tout a déjà été créé n'est pas étranger à ce fait. Il n'y a rien qu'à voir les collections des plus grands noms du milieu, leurs inspirations sont de plus en plus lisibles et si jusqu'alors la musique, l'art, la littérature étaient cités, on peut sans peine dire que la mode s'auto-regarde (pour ne pas dire se copie) pour "créer". L'article de Mathilde Toulot, du blog Shooooes en est un exemple flagrant. Or, la copie semble être un exercice beaucoup moins périlleux que la vraie création. Ceci expliquerait peut-être l'engouement des jeunes issus de formations commerciales (habitués à décrypter des tendances) pour la mode.

Second point : il me semble que le graphisme a pris une grande place dans la mode. Il suffit de voir comme pullulent les nouvelles marques de tee-shirts de logos détournés. L'idée était osée, bonne sans aucun doute et voilà toute une génération de baby-entrepreneurs qui surfent sur la vague. En effet, le graphisme, finalement, c'est donné à tout le monde pour peu que l'on ait le sens de la formule (en anglais, ça FAIT mieux), non ? Et puis là, pas question de technique, il faut juste avoir Photoshop pour mettre les lettres au bon endroit après avoir trainer des heures sur Dafont et bien sûr, avoir sélectionner la bonne entreprise de vêtements à personnaliser.

Enfin, comme au début des années 2000 on découvrait que les créatrices pouvaient elles aussi avoir leur mots à dire dans une mode féminine dominée par les hommes, le business de la mode s'ouvre peu à peu aux jeunes, parce qu'ils le veulent bien. 
Pour qu'une marque trouve son public, il faut qu'elle sache toucher ses clients potentiels. Or, pour les toucher, il faut savoir leur parler mais aussi comprendre et identifier leur imaginaire commun / collectif. Les étudiants en école de commerce bouffent du "groupe social" dès leur première année et il leur est souvent demandé de faire des typologies de personnes. Autant dire qu'ils ont de la ressource pour cibler. De plus, la mode a parfaitement compris que les jeunes ont un pouvoir d'achat (caché mais réel). S'il y a bien des individus qui souhaitent faire partie d'un groupe social précis et marqué, c'est bien eux ! Donc pour les appâter, il faut parler leur langage et partager leur culture. Ce n'est pas moi qui l'invente, je ne fais que reprendre l'idée de Vincent Grégoire, tendanceur chez NellyRodi.

Voici les 3 idées qui me sont venues à l'esprit alors que je réfléchissais à cette nouvelle tendance. Il y en a certainement d'autres. Si vous avez lu des articles à ce propos, ou bien si vous pensez à quelque chose dont je n'ai pas parlé, faites-moi en part !

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6 commentaires:

  1. Je suis assez (complètement ?) d'accord avec toi. Mais le marketing ne fait pas avancer la mode. Il permet juste de la vendre ou de vendre des produits en les faisant passer pour ce qu'ils ne sont pas... c'est à dire intéressant ;-). La mode ne peut être crée que par des artistes ou des techniciens.

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    1. C'est aussi mon avis même si un bon marketing est essentiel à une marque ! D'ailleurs, ça me donne des idées d'interview ça ! #chefdeproduit

      Merci Stelda !

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  2. Comme Stelda, je suis d'accord avec toi. le sujet est passionnant. Il y a mille façons d'appréhender la mode. L'angle de vue des marketeux est riche d'instruction pour les stylistes. L'alliance idéale me semble être un styliste + un marketeux en symbiose avec le styliste et in fine une fabrication sans faille. C'est ce qui me semble le plus difficile à trouver.
    N.B. sans le net, il n'y aurait pas cette éclosion de marques de jeunes marketeux.

    N.B. 2: Ta nouvelle interface est top!

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    1. C'est sûr que ce doit être difficile en tant que styliste que de devoir négocier avec un chef de produit... D'ailleurs, je me demande bien comment ça marche : la présentation des tendances se fait-elle en amont de la création ?
      Et complètement d'accord avec toi, le Net a vraiment poussé l'émergence des jeunes entreprises ! :)

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  3. Si le marketing ne se veut pas "créateur" avant tout, il est indispensable aujourd'hui pour faire connaître une marque et lancer une tendance. Les deux sont très complémentaires, encore faut-il trouver le marketeux (comme tu le dis si bien) qui saura saisir l'atmosphère de la marque pour y rester le plus fidèle possible.

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    1. Effectivement, une marque qui veut durer dans le temps doit avoir le duo créateur/marketing !
      Merci de ton passage ici ! :)

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