Interview de pro : Claire, créatrice de la marque Heinui



On continue notre périple dans l'univers de la mode. Aujourd'hui, c'est chez Claire Pignot que j'ai décidé de vous emmener. Claire est la créatrice de la jeune marque Heinui. Quand j'ai découvert son univers, j'ai été frappée de m'apercevoir qu'Heinui venait juste de naître. Il y a une très grande logique et maturité dans cette première collection, que je vous enjoins vivement à aller découvrir sur son site. (The english version is coming soon !) 

Peux-tu te présenter ? et présenter ta marque Heinui ?
Je m'appelle Claire Pignot, je suis une créatrice française résidant à Barcelone. Cette année j'ai créé une marque qui s'appelle Heinui, dont le but est de proposer des vêtements intemporels, féminins, élégants et décontractés, et surtout faciles à porter. J'essaie toujours de trouver de beaux matériaux et je porte une attention toute particulière aux détails.
 
On a tendance à vouloir faire rentrer les gens dans les cases et la catégorie "jeunes créateurs" regorge de tout et de son contraire. Pour toi, être un jeune créateur, ça signifie quoi ?
Ce que j'entends par "jeune créateur", c'est l'idée de quelqu'un qui débute, indépendant, avec une esthétique unique et personnelle, et dont les propositions restent fidèles à sa vision artistique. Je pense que ce sont ces idées de sincérité et de liberté qui font toute la différence. Mais "jeune créateur", c'est une étiquette que je n'aime pas trop, je préfère parler en terme de marque.
 
D'ailleurs, pour casser ou confirmer les idées toutes faites sur les créateurs, à quoi ressemble ton quotidien ?
Je vis dans un quartier très tranquille de Barcelone qui ressemble à un petit village avec mon mari et mon fils de 3 ans. J'ai la chance de pouvoir travailler chez moi, où j'ai installé mon atelier. Mon travail est très varié, je n'ai pas de "journée type", je peux passer toute une journée chez moi à expérimenter avec le patronage ou rechercher l'inspiration, ou bien à couper et coudre, d'autres journées à courir entre ateliers et fournisseurs... J'ai aussi beaucoup de travail d'organisation, de coordination et de communication. Je dois toujours adapter mon emploi du temps aux différents impératifs du moment. Actuellement je gère la production de ma première collection, ce qui implique coordonner les livraisons des fournisseurs, le travail des ateliers et les commandes des boutiques et des particuliers. À côté de cela, je viens de terminer la nouvelle collection printemps-été 2014, je suis en train de la présenter aux boutiques. J'ai aussi lancé ma boutique en ligne dernièrement ! Et je commence à réfléchir à la prochaine collection.




Depuis la dégringolade de Galliano, on revient beaucoup sur le poids qui pèse sur les épaules d'un créateur. Tout le monde loue le duo qu'a formé YSL et Pierre Bergé comme étant le plus viable. Penses-tu aussi business et création devraient être séparés ?
Personnellement, j'aime bien m'occuper des 2. Je pense que si je devais me consacrer uniquement à la création, j'aurais l'impression de travailler avec des œillères et je m'ennuierais un petit peu. J'aime bien être en contact avec les fournisseurs, savoir comment est fait le tissu, comment travaillent les ateliers, les besoins des boutiques, des clientes, quels sont les vêtements qui plaisent le plus et pourquoi... J'apprends énormément au contact de tous ces gens et ce sont des éléments qui, je pense, font de moi une meilleure créatrice. Le plus grand problème selon moi, c'est ce rythme frénétique de création et de production que l'industrie nous impose et dont il est difficile de s'émanciper.
 
Tu as fait tes stages dans des studios de création reconnus; et maintenant tu travailles pour ta propre marque. Quels sont les avantages et les inconvénients des deux ?
Quand on est stagiaire, on nous donne une pièce du puzzle et on nous dit où la placer. Quand on travaille pour sa marque, on a un puzzle tout défait devant soi et on doit se débrouiller pour assembler les pièces, sans notice. Ce ne sont pas les mêmes responsabilités, ni la même implication. Depuis que j'ai créé Heinui, j'ai beaucoup de flashbacks de mes expériences de stagiaire, et je comprends mieux certaines situations, qui à l'époque me paraissaient absurdes voire démesurées. L'avantage du stagiaire, c'est de pouvoir s'immerger dans le quotidien d'une marque et d'en être à la fois acteur et spectateur, sans le poids de la responsabilité. L'inconvénient, c'est qu'on n'a pas forcément accès à tous les éléments pour en comprendre le fonctionnement en profondeur.
 
Tu avais une autre marque, Cocotte; pourquoi avoir décidé d'en créer une nouvelle ?
J'ai créé Cocotte à l'âge de 21 ans, je venais d'emménager à Barcelone et comme je ne parlais pas encore espagnol, j'avais créé de manière improvisée une mini collection de hauts et d'accessoires pour gagner un petit peu d'argent en attendant de savoir parler la langue et de trouver un vrai travail. Cocotte etait un nom qui a surgi spontanément et qui illustrait parfaitement cette première mini collection. Mais mon style a rapidement évolué, et au final je ne m'identifiais plus avec ce nom, je trouvais qu'il etait lourd en connotations et definissait trop le style de la marque. Quand je suis tombée enceinte à 24 ans, j'ai décidé de faire un break et de remettre les compteurs à zéro. Je me suis interrogée sur la direction que je souhaitais prendre et je voulais un nom abstrait, à la fois évocateur et libre de références. Quelques années et quelques rencontres plus tard, Heinui est apparu comme une évidence et a concrétisé un projet sur lequel je travaillais depuis la naissance de mon fils.


 


Parlons à présent de ta collection Automne-Hiver 2013... Tout d'abord, bravo, elle est magnifique et mention spéciale pour les imprimés ! Quelles ont été tes inspirations ?
Je suis assez chaotique et intuitive pour ce qui est de la création, j'ai du mal à m'imposer un concept ou un cahier des charges. Pour cette collection j'avais en tête le vêtement de travail: j'avais envie de vêtements simples, pratiques, portables et sans prétention, mais aussi élégants et raffinés. Quelque chose d'à la fois basique et élaboré. Je suis partie sur l'idée du bleu de travail, qui m'a fait dériver sur la culture de l'indigo japonaise, la tradition du Boro, et la technique artisanale du kurume kasuri, qui sont des techniques à la fois rustiques et sophistiquées. Je me suis vraiment identifiée à cette idée de créer du "beau" et de l'"unique" avec très peu de moyens .
 
Est-ce que tu commences d'abord par imaginer les imprimés puis le vêtement en lui-même par la suite ou le contraire ?
Ce sont 2 idées qui cheminent en parallèle et qui se recoupent à un moment donné. J'ai en général déjà des idées de formes pour les vêtements, mais les tissus et les imprimés les concrétisent. Je voulais un imprimé qui vienne contrebalancer le côté austère de cette collection, et ce design m'est venu assez spontanément, je le "couvais" depuis un moment déjà. Mon amie Nuria a contribué à lui faire prendre forme. Mais jusqu'à le voir imprimé en tissu, c'est toujours difficile d'imaginer ce que ça va donner.
On sent vraiment l'influence japonaise dans ta collection ( les imprimés me font penser aux estampes japonaises et les plis, aux origamis)... mais penses-tu que ton expatriation barcelonaise t'inspire aussi ? Et si oui, comment ? 
À Barcelone j'évolue dans un entourage international et je vis assez éloignée du milieu de la mode local, donc je ne pense pas avoir un style très "barcelonais" (je ne sais pas s'il y a un style barcelonais d'ailleurs). Ce qui m'inspire de Barcelone, ce sont plutôt mes amis et de façon générale le style de vie libre et décontracté. Je pense que cette idée de décontraction se reflète vraiment dans mes vêtements.
 
Puisque nous sommes sur le Net, peux-tu me dire quelle en est ton utilisation au moment où tu crées ? Comment fais-tu pour trier et pour garder ton identité ?
Une amie m'a fait découvrir Pinterest et je l'ai beaucoup utilisé pour cette première collection. Je trouve que c'est un super outil pour organiser et bien visualiser les différentes idées et inspirations. Pour la collection printemps-été 2014 je ne l'ai que très peu utilisé, principalement parce que je n'avais pas le temps de prendre le recul nécessaire pour digérer toute l'information qu'on y trouve. J'ai préféré suivre mon instinct et mon fil conducteur.
 
Heinui est une toute jeune marque. La trouve-t-on déjà en France ? 
Pas de boutiques en France pour le moment mais cela ne saurait tarder! En attendant on peut acheter sur http://heinui.tictail.com
 

7 commentaires:

  1. Très sympa comme collection, un peu trop cher pour ma bourse mais très sympa ... et l'interview donne envie d'en savoir plus ... bravo !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que ce n'est pas donné... Après, la qualité est au rendez-vous, on sait à qui l'on donne notre argent et l'on est sûr que l'on ne retrouvera pas ce vêtement sur le dos de toutes les filles ! ;)

      Va voir la nouvelle co', elle est CA-NON !! :)

      Supprimer
  2. oula bravo c'est très beau j'adore ! je vais visiter le site !

    RépondreSupprimer
  3. canon la jupe longue ! je garde le site dans mes favoris si je veux me faire un gros craquage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hahaha, je suis ravie que tu ais un coup de cœur pour le travail de Claire !! Tout est trop beau ! La robe Hokusaï me fait vraiment de l’œil et je ne parle même pas de la nouvelle co' tellement j'aime tout ! :)

      Merci de ton passage par ici et de ton petit mot !

      Supprimer
  4. Merci de me faire découvrir une marque que je ne connaissais pas encore, j'aime beaucoup la robe Valentin! La collection Eté 2014 est très belle aussi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ravie de faire découvrir le travail de cette super talentueuse créatrice ! ;)
      La collection d'été est ma favorite et j'espère bien pouvoir m'acheter une robe issue de cette co' ! :)

      Supprimer

Je vous laisse la parole !

Merci à vous de prendre le temps de me laisser un commentaire ! :)